
Entre la vie d’une jeune fille de 22 ans, sacrifiée sur l’autel de l’incompétence et l’aura de la corporation des médecins, certains n’hésitent pas à prendre la défense de l’indéfendable. Se prononcer quant à l’attitude d’un confrère en se basant sur des éléments partiels, volontairement choisis pour étayer une thèse dont la conclusion doit être en faveur d’un ami, collègue, confrère, est une preuve de cynisme, une preuve du peu de respect qu’ils ont de la Vie. Certains vont même jusqu’à accuser les proches des victimes d’harcèlement. Ne généralisons pas ! Il ne s’agit pas d’attaquer une profession dans son ensemble, mais de pointer du doigt un système moyenâgeux et ceux qui en prennent la défense envers et contre tout. Ce qui suit ne s’appliquera qu’à ces derniers.
Pour eux, il s’agit évidemment de conserver les privilèges qui découlent d’un titre de docteur et d’une blouse blanche qui malheureusement fascinent encore trop de gens. Le principal attrait de la profession étant la satisfaction de l’ego et les revenus pécuniaires intéressants. Les valeurs comme le dévouement et le sacerdoce ont disparu. L’exercice de la médecine est devenu une simple profession que l’on exerce de préférence dans des conditions aussi proches que possible de celles de tout employé. Lorsqu’à tout cela se rajoute l’incompétence, l’image de la médecine en ressort fortement altérée.
Mais revenons à notre combat qui est celui d’obtenir Justice dans l’esprit de la Convention européenne des droits de l’Homme qui en son article 6 garantit à tout un chacun un procès juste, équitable et public, mené à armes égales.
Un procès public.
Le premier combat aura été celui d’obtenir que le procès de ce médecin généraliste de Kraainem (faubourg de Bruxelles), inculpé d’homicide involontaire, soit public. La règle en Belgique veut que l’issue d’une telle procédure en Justice se termine à la Chambre du Conseil (95% des cas). Les débats sont menés à huis clos, aucune peine n’est prononcée (suspension du prononcé) et le silence des proches des victimes est ‘acheté’ par une indemnisation que les assureurs chercheront naturellement à minimiser.
Il aura fallut faire des mains et des pieds, lui donner la publicité nécessaire, pour que la pression de l’opinion publique soit entendue. La défense de l’inculpé s’en offusquera à deux reprises (devant la Chambre des mises en accusation et devant le Tribunal correctionnel) en énumérant avec acrimonie les ‘démarches déjà entreprises par la partie civile’ !
L’automatisme de la suspension du prononcé est tel que le médecin n’a pas jugé utile de se rendre aux deux premières audiences de la Chambre du Conseil. Ni l’inculpé, ni ses avocats, à priori sûrs de l’issue de la procédure, ne seront venus pour la lecture de l’ordonnance !
L’affaire CAILLIAU-KOPF contre Bernard DUPONT, médecin généraliste de Kraainem (faubourg de Bruxelles), inculpé d’homicide involontaire, se retrouvera finalement renvoyée devant le tribunal correctionnel de Bruxelles. A ce jour, trois audiences ont eu lieu : en juin 2007 où la remise a été demandée par la défense de l’inculpé - qui traditionnellement n’est jamais prête - , ainsi que les 18 et 19 décembre 2007 à l’issue desquelles la défense a à nouveau demandé une remise pour préparer leur plaidoirie. En dehors des sentiers battus, lâché par ses confrères mis au pied du mur à l’énoncé complet des faits, la tournure des évènements est devenue accablante pour l’inculpé. De toute évidence, elle nécessite une adaptation de leur système de défense. Il s’agit maintenant de sauver ce qui peux être sauvé, c'est-à-dire pas grand-chose.
Un procès juste et équitable.
Pour le moment, on ne peut guère se prononcer quant à la notion de ‘juste’ et d’’équitable’. Il convient d’attendre que le Parquet fasse connaître la teneur de sa réquisition, sa position quant à la réitération de la demande de suspension du prononcé, (qui au demeurant ne rencontre plus son objectif premier : l’absence de publicité) ainsi que d’attendre la réponse de la Justice. Le 30 janvier 2008 à 14h00, en audience publique du tribunal correctionnel de Bruxelles, auront lieu la réquisition du Parquet et les plaidoiries des parties.
Une procédure à armes égales.
Certificats de bonne confraternité.
Là de sérieux doutes pèsent sur la procédure. ‘Lutter à armes égales’ face à un médecin ayant appelé ses copains, collègues et confrères à son secours n’est probablement qu’une vue de l’esprit.
Dans la procédure faisant suite au décès de Mélanie, pas moins de 7 médecins établiront un certificat de bonne confraternité attestant de l’innocence de leur collègue ! 4 d’entre eux n’hésiteront pas à renforcer leur légitimité (conférée par un titre de docteur voire de professeur) en utilisant le papier à entête de l’Université Catholique de Louvain – Cliniques Saint Luc.
Aucun de ces certificats ne reprendra l’ensemble des symptômes que présentait Mélanie, passant ainsi sous silence, les signes cliniques ‘gênants’ pour la conclusion de leur certificat.
Tout au plus l’utilisation de la forme passive (…que je t’ai toujours considéré comme un bon médecin généraliste avec habituellement un bon diagnostic…), ou quelques réserves de sécurité (…au dire du Dr Dupont …) indiquera que l’un ou l’autre aura probablement eu quelques problèmes de conscience lors de la rédaction de leur certificats de bonne confraternité. Ils ont néanmoins établis ces certificats … ne se doutant probablement pas de la publicité qui en sera faite ! Les temps changent …
Le summum sera atteint lorsqu’un spécialiste de médecine interne aura eu le culot d’écrire que « la congestion pulmonaire telle que décrite à l’examen post-mortem n’est pas détectable sur une base clinique ». Les poumons avaient doublé de volume, les lobes inférieurs étaient remplis de liquide rouge sombre légèrement mousseux. L’expert judiciaire ainsi que le médecin légiste des Cliniques Saint Luc s’accorderont à dire que « …si le prévenu avait procédé à une auscultation pulmonaire, en l’occurrence quelques heures avant le décès, il aurait pu entendre des râles crépitants... » !
Ce même spécialiste de médecine interne conclura dans son certificat que « ….l’on appréhende plus difficilement l’acharnement (des parents) à poursuivre un praticien consciencieux… ».
Ces certificats méritent de réfléchir à leur éventuelle qualification pénale ; faux témoignage, … ?
Un oral digne de l’écrit.
Face aux juges, devant un public d’environ 60 personnes, un cardiologue et un médecin généraliste feront la démonstration d’une attitude corporatiste poussée à son paroxysme.
Un cardiologue ira jusqu’à dire que fatigue, essoufflement et rétention d’eau ne sont pas des signes de problème cardiaque. Un étudiant en 3ème année de médecine, après les cours de sémiologie, se ferait recaler après une telle réponse ! Le même médecin dira qu’il appartenait à Mélanie de venir consulter et ne pas se contenter de joindre l’inculpé au téléphone ! N’est-ce pas le rôle du médecin d’apprécier l’urgence et la gravité de la pathologie ?
Le même cardiologue mettra en doute la rétention d’eau. Son collègue du service d’anatomie-pathologie de l’UCL et l’expert judiciaire confirmeront cette rétention d’eau de plusieurs kilos.
Toujours le même cardiologue affirmera qu’ « il n’y avait d’ailleurs pas, à l’auscultation, ……. d’oedème pulmonaire. » alors que l’autopsie a révélé une hémorragie et un œdème alvéolaire important avec un poids excessif des poumons.
Finalement, il rejettera la faute sur l’INAMI (Caisse maladie de Belgique) qui « fait pression sur les médecins pour ne pas encombrer les services urgentistes afin d’éviter la surconsommation des examens médicaux » !
Quant au généraliste, il affirmera que ‘La cause du décès, on ne la connaît pas et si on n’a pas la conviction d’une pathologie cardiaque, il paraît normal que son confrère n’y ait pas songé.’
Sans commentaires, il ne faut pas être médecin pour comprendre…
Pour bien comprendre :
Il convient de rappeler que les experts, entendus à l’audience du 19 décembre devant le tribunal correctionnel de Bruxelles, confirmeront :
- que Mélanie est bien morte des suites d’une myocardite ;
- que les symptômes énumérés signaient bien un problème cardiaque majeur ;
- que le 12 mai, l’inculpé ne pouvait pas prendre la décision qu’il a prise par téléphone sans voir Mélanie ;
- qu’une prise de sang conseillée par un médecin généraliste en Alsace, mais rejetée par l’inculpé, devait être faite en urgence ;
- que le stress n’est pour rien dans la mort de Mélanie ;
- que si une auscultation pulmonaire avait été faite le 28 mai lors de la dernière consultation, l’œdème pulmonaire aurait été entendu avec certitude ;
- que le 28 mai la seule décision devait être celle de l’hospitaliser.
A suivre le 02 avril 2008 à 14h00 pour le jugement en audience publique au tribunal correctionnel de Bruxelles ...
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