14 septembre 2006

De l’art de la conduite d’une consultation.

C’est l’histoire de Mélanie, une jeune femme de 22 ans qui consulte en mai 2004 un médecin généraliste de Kraainem (faubourg de Bruxelles en plein coeur de l’Europe) alors qu’elle était en phase de décompensation cardiaque préterminale. Elle décédera dans la douleur quelques 8 heures après la consultation.

Hallucinant, et pourtant réel.

Le généraliste n’aura rien vu malgré la présence évidente de tous les symptômes de décompensation cardiaque sévère. Il décrira la consultation en notant que « … l’anamnèse qui est longue d’abord d’écoute puis directive m’apprend qu’elle est trop fatiguée, qu’elle craque, qu’elle n’arrivera pas à présenter ses examens, …, que c’est trop dur… ”.

C’est en effet la seule chose qu’il a retenu et qu’il mettra en avant pour critiquer le rapport d’expertise médicale ordonné par le juge d’instruction en lui reprochant de ne pas suffisamment tenir compte de l’environnement psychologique.

Ses commentaires lors de la consultation sont édifiants à ce sujet :

S’adressant à Mélanie, il dit : « Tu es comme une Justine Henin sur un court de tennis qui dit qu’elle ne peut pas jouer »

Ou encore : « Ce n’est rien, mon fils, en 7ème année de médecine, avait les mêmes symptômes » (NdR : il a heureusement survécu !)

Enfin : « Quand cela ne va plus, il faut prendre quelques jours de vacances en Egypte. »

L’environnement, la pression psychologique était évidemment le facteur clé de la faute gravissime, aux conséquences irréparables, faite par ce médecin généraliste.

Il a de toute évidence réalisé cette consultation sous un stress intense (un cabinet florissant, un vendredi soir veille de long week-end, des consultations par téléphone, …). La question qui se pose est donc son aptitude à gérer le stress, ou tout simplement ne serait-il pas victime d’un Burn Out comme le décrit le document de l’Université Catholique de Louvain - La santé mentale des médecins – (www.md.ucl.ac.be/loumed/CD/DATA/121/1-5.PDF) ? Internet regorge d’articles traitant le sujet.

A noter au passage que le document en question conclue avec cette phrase : « Et, en fin de compte, le mieux ne serait-il pas de renforcer la solidarité entre confrères ? »

Corporatisme, quand tu nous tiens !

En attendant, la question est sérieuse et il convient de se demander, si dans le cas de ce généraliste, il ne vaudrait pas mieux qu’il se recycle dans un emploi où il serait enfin libéré de la charge de poser des diagnostics et d’exercer le grand art de la médecine ?

Il n’est pas dégradant de s’avouer dépassé, il n’est pas dégradant d’agir en personne responsable, soucieuse de la vie d’autrui.

Dire que ce même médecin est agréé maître de stage en médecine générale (ce qui est une charge de travail supplémentaire, lucrative peut-être, mais de nature à augmenter le niveau de stress).

Qu’a-t-il appris lors de son passage en faculté de médecine ? Et que transmet-il aux jeunes candidats généralistes ? Si d’aventure le Conseil de l’Ordre ne le radiait pas de ses listes, aura-t-il le courage et l’honnêteté de parler de Mélanie – sans rien omettre - à ses stagiaires et clients ?

L’art est l’habileté dans les moyens employés pour obtenir un résultat ! Dans le cas de Mélanie, le résultat était la mort !

La médecine n’a nul besoin d’artistes aussi talentueux ! Trouvons, formons de bons techniciens !


... à suivre …

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